Chroniques sur le vin
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24H en Graves et Pessac-Léognan

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Du Château Smith-Haut-Laffite au Château Carbonnieux en passant par une belle dégustation de Graves au Château Larrivet Haut-Brion, nous avons eu le plaisir de passer 24 heures à Léognan, terre d’accueil de 16 Grands Crus Classés de Graves. Voici le récit de cette expérience.

Petit Rappel

Avant de commencer, il convient de faire un petit rappel sur les Appellations Graves et Pessac-Léognan. Graves, Graves Supérieures et Pessac Léognan sont trois AOC qui sont restées géographiquement liées. D’ailleurs, les châteaux en AOC Pessac Léognan étaient répertoriés en AOC Graves avant d’obtenir leur appellation communale par décret du 9 septembre 1987.

http://www.vins-graves.com/

En ce qui concerne l’Appellation Graves, la surface viticole commence au nord de Bordeaux, à la Jalle de Blanquefort, démarcation sud du Médoc. Mais concrètement, c’est à partir de Mérignac, à l’ouest de Bordeaux que l’on aprerçoit les premières vignes qui s’étendent ensuite vers le sud sur plus de 50 km, pour terminer peu après Langon, en amont de la Garonne. En tout, l’Appellation Graves cultive 3.700 hectares de vignes dont 1.000 hectares en blanc, tout confondus Graves blancs (exclusivement secs) et Graves Supérieures (exclusivement moelleux). En moyenne, 166.000 hl de vins en appellations Graves sont produits chaque année, dont 75% de Graves rouges, 19% de Graves blancs et 6% de Graves supérieures.

L’AOC Pessac-Léognan, quant-à elle, est née en septembre 1987 sur le très ancien territoire des Graves de Bordeaux, jadis “Banlieue Prévôtale”. Berceau des Grands Vins de Bordeaux, l’Appellation Pessac-Léognan comprend 75 Châteaux et Domaines. Tous situés sur un même terroir d’exception, 16 d’entre eux, dont le célèbre Château Haut-Brion sont des Crus Classés de Graves. Avec 1.600 hectares de vignes, l’Appellation produit annuellement environ 75.000 hectolitres de vin, dont 80% de rouges et 20% de blancs secs.

Et le sol s’ouvrit en deux

Arrivé à 19h30 au Château Smith Haut Laffite, je me rends compte que je suis le seul heureux propriétaire d’une somptueuse peugeot 106, garée à côté de grosses berlines. La voiture ne faisant pas le dégustateur, je marche d’un pas décidé vers l’entrée du Château, sur un tapis rouge déroulé pour une autre occasion, une soirée privée d’un grand groupe français, d’où les belles voitures… Après un accueil chaleureux de Madame Cathiard, propriétaire du Château, je me présente, et nous engageons la visite. C’est là que ça devient intéressant. Notre hôte récupère une sorte de télécommande dans une armoire, demande gentiment à un invité chinois prenant une photo de se décaler légèrement, puis actionne un bouton. Le sol s’ouvre en deux et laisse apparaitre un escalier menant tout droit à une cave d’exception…

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96 pas plus tard

Visite et photos effectuées, nous nous rendons en file deux par deux dans les chais. Une fois entrés, nous apprenons qu’il s’agit du chai en blanc. Un chai imposant de 160 barriques qui produisent 30.000 bouteilles chaque année. Passons au rouge. Nous retraversons la cour du château, puis arrivons dans le chai en rouge, ou devrais-je dire, nous nous perdons dans un bâtiment sans fond, immense. Après quelques minutes pour me remettre de la découverte du jour, je prends un verre de blanc “maison” puis tente de mesurer le “monstre à barriques”. 96 pas plus tard, je touche le fond de la “pièce”. Après prise de renseignements, cela représente 2.000m2. Imaginez juste 800 barriques sur un demi terrain de foot pour produire 120.000 bouteilles… De retour à la table de dégustation, en bon “professionnel” que je suis (!), je goûte tous les blancs disponibles (5) et m’arrête sur le dernier, le Château Brondelle 2009 en Graves. Un vin qui m’a donné l’impression de croquer dans une pêche fraiche et juteuse, un plaisir.
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Une étoile dans les assiettes

Place au dîner. Un dîner préparé par le chef du Restaurant La Grand’Vigne, aux Sources de Caudalie, Nicola Masse. Situé au hasard sur une table, j’ai ainsi pu échanger avec un journaliste de L’Alsace qu’il a fallu rassurer. Il me fait remarquer que chez lui, les viticulteurs sont des paysans. Or le chic de ce dîner, de ce lieu somptueux, n’est pas représentatif du Bordelais dans sa globalité. Ormis les grands crus connus et reconnus dans le monde entier, il est évident qu’à Bordeaux, nous avons aussi une flopée de petits producteurs, paysans, amoureux de leurs terres, aussi généreux que possible dans l’élaboration de leurs vins, et toujours ravis de nous les présenter. Ceci étant dit, je me tourne vers mon voisin de gauche, viticulteur en Graves et propriétaire du Château Magneau, situé à la Brède. Il nous présente un excellent blanc 2006, qu’il a fallu aérer un peu, et qui a révélé un nez assez intense et des notes acidulées. Il aurait été parfait pour l’entrée mais a été servi plus tard. Dommage. Concernant le menu, nous avons eu droit en entrée à un “tartare de maigre aux épices douces, Sorbet poivrons rouges grillés”. Une entrée folle qui a instantanément réveillé tous mes sens, mais ne m’a pas permis de me “sociabiliser” avec mes voisins, trop occupé(s) à déguster. Pour le plat, il s’agit d’un “filet de canette rôti, jus simple truffonade, pressé de pomme de terre au lard paysan et légumes du moment”. Très bon, mais sans faire la fine bouche, un poil déçu. Le dessert, en revanche a été une réussite : “le turron, le chocolat Araguani, La poire Williams sur un Craquant au miel”, excellent. Après une bonne dizaine de vins dégustés et un repas étoilé savouré avec gourmandise, il est temps de rentrer, une grosse journée nous attend.

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Mission dégustation

Après avoir honteusement raté notre RDV au  Château Luchey-Halde pour une visite, Kevin et moi nous rendons peu fièrement au Château Larrivet Haut-Brion, à Léognan, pour une dégustation du millésime Blanc 2009 et Rouge 2008 des Graves et des Pessac-Léognan. Pour l’occasion de nombreux vins sont ouverts : 20 crus de Pessac-Léognan Blanc 2009 et 9 crus classés de Graves Blanc 2009, puis 32 crus de Pessac-Léognan Rouge 2008 et 7 crus classés de Graves Rouge 2008. Globalement, la dégustation des blancs a été un très bon moment et, mis à part les incontournables grands-crus, nous avons plus particulièrement apprécié le millésime 2009 du Château le Bruilleau en Pessac-Léognan. Un vin nerveux, excitant, épicé et frais, qu’on a re-dégusté à la fin, juste pour le plaisir. Concernant les rouges, nous avons dans l’ensemble été plutôt déçus même si séduits par le Château Bouscaut 2008, Grand Cru Classé de Graves, très fin est fruité. Un autre cru a attiré notre attention. Et surprise (!), il s’agit la encore du Château Bruilleau (2008), toujours légèrement épicé, aux notes de framboise ou de cerise selon les sensibilités. Une fois ces vins dégustés, un déjeuner sur place nous attend au Château Larrivet Haut-Brion.
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Capraccio de cèpes et Demoiselles de Larrivet Haut-Brion

[postmap]C’est d’abord Bruno Lemoine, directeur général et vinificateur, qui nous accueille au domicile des propriétaires pour un apéritif. Je tiens d’ailleurs à saluer l’initiative des organisateurs de ce voyage presse de proposer un déjeuner chez le propriétaire plutôt qu’une traditionnelle visite des chais. Bien que cette dernière soit toujours instructive, cela nous a permis d’échanger avec plus “d’intimité” sur les rôles de chacun au sein du vignoble et leurs ambitions pour l’avenir. Une fois Émilie Gervoson arrivée, fille ainée des propriétaires, nous passons à table et dégustons un repas des plus agréables, dont un carpaccio de têtes de cèpes en entrée, remarquable. Côté vins, nous avons gouté toute leur gamme en blanc et en rouge, des crus très bien faits, notamment Les Demoiselles de Larrivet Haut-Brion 2009 (2nd vin) que j’ai particulièrement apprécié.  Kevin, lui, a préféré l’association de fromages avec Le Château Larrivet Haut-Brion blanc 2004, excellent également. Nous ne voyons pas le temps passer. Il est déjà 14h45, et nous avons RDV à 15h au Château Carbonieu.

Le vin blanc : 6 à 7% de la production bordelaise

Denis Dubourdieu, “scientifique et praticien de la vigne et du vin”, y tient une “conférence-dégustation-forum” de blancs de Graves. Selon lui, Bordeaux est associé aux vins rouges ou aux Barsac/Sauternes, les grands blancs secs ont peu de visibilité. Pourquoi ? Car ils sont moins nombreux : seulement 6 ou 7% de la production de la région. De plus, les Crus Classés le sont pour leurs rouges et leurs Barsac/Sauternes. Un terroir de grands vins rouges ne convient pas forcement pour faire de grands vins blancs. Ceci-dit, Bordeaux, et l’Appellation de Graves, fournit d’excellents vins blancs secs. Les vignes qui produisent du blanc sont cultivées différemment du rouge : elles sont plus vigoureuses, demandent plus d’eau et s’arrêtent de pousser plus tard. Ceci permet de préserver les arômes, l’acidité du fruit, et de ne pas produire, en réaction à la sécheresse, les polyphénols et le côté tannique du vin rouge.
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Alors que deux ou trois invités semblaient en grosse “difficulté” face à la tache de goûter tous ces vins dans la même journée, nous (re)partons donc à l’aventure et dégustons trois séries de vins (10 au total) très intéressantes avec les plus jeunes en premier et les millésimes plus anciens en dernier. À ce petit jeu, il a semblé évident que ces derniers sont bien plus complexes que les crus récents, même si certains n’en perdent pas leur jeunesse comme le Clos Floridène 1996. Concernant les plus jeunes nous avons particulièrement aimé le Château Le Sartre 2009, et le Château Latour Martillac 2007.

Nous tenons particulièrement à remercier, Le Syndicat Viticole des Pessac-Léognan pour l’organisation de cet évènement, le Château Smith Haut Laffite et son dîner étoilé, le Château Larrivet Haut-Brion pour son accueil, son délicieux repas et le moment très agréable que nous avons passé, Mr Leriche du Château Le Sartre pour nous avoir invité à cet évènement, le Château Carbonieu et Mr Dubourdieu pour sa conférence dégustation très enrichissante, et tous les châteaux que nous avons pu découvrir.

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