Chroniques sur le vin
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Chronique publiée le dans Une personne / Un vin

Charlotte Allen, une anglaise passionnée !

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Créé en 2007 par Charlotte Allen, 43 ans, viticultrice et oenologue, Pirita-Alma Roja (www.almaroja.com) est un vin espagnol des Arribes del Duero. Elle dispose de 5ha de vieilles vignes, âgées entre 75 et 100 ans et cultivées en totalité en agriculture biologique, et une partie en biodynamie, « tout ce que j´arrive à faire en étant seule », précise la viticultrice. Sous la marque Pirita, signifiant pyrite en français, une espèce minérale surnommée « l´or des fous » et très présente dans la région, elle propose deux vins : un blanc jeune de 2012 et un rouge crianza de 2008. Très récemment, elle a également sorti un vin éponyme du millésime 2009 d´un autre niveau de qualité. Tous les trois sont un mélange des cépages autochtones de la région. Rencontre avec cette viticultrice et oenologue anglaise passionnée.

Quelle rencontre vous a donné envie de faire du vin ?

“Ma première expérience des vendanges était en 1992 dans la vallée de la Loire à Vouvray, chez Huet. (www.huet-echansonne.com). On m´avait dit qu´il y avait toujours une très belle arrière saison dans ce coin. Pourtant il a plu sans arrêt pendant les deux semaines de mon séjour ! Pendant la journée, je vendangeais avec les autres vendangeurs, et le soir, je travaillais à la cave avec Noël Pinguet. La vie ne m´avait pas préparé pour ce genre de travail, et après trois jours, il n´y avait que les cils qui ne me faisaient pas mal, mais c´était une expérience inoubliable.

Noël était un homme très cartésien, néanmoins il travaillait en biodynamie avec la simple explication qu´il le faisait parce que cela marchait. Il ne cherchait pas à l´expliquer. J´ai eu l´opportunité de voir avec mes propres yeux comment ses vignes souffraient moins que celles des voisins sous cette pluie incessante et j´étais persuadé qu´il y avait quelque chose de très intéressante là-dedans.

Je me considère, comme Noël d´ailleurs, comme une personne très cartésienne, et je suis son exemple, en pratiquant la biodynamie sans essayer de l´expliquer. Pendant ce séjour j´ai eu aussi la chance de me loger chez Gaston Huet, le beau-père de Noël, et de le connaître un peu. C´était un homme impressionnant, maire de Vouvray entre 1947 et 1990, si je me rappelle bien, qui avait fait en même temps quelques uns des meilleurs vins du monde. C´est à ce moment-là que l´idée m´est venue d´un jour faire mon propre vin, quoi qu´il aura fallu encore attendre 15 ans !”.

Quel vin vous a marqué ?

“Le vin qui m´a marqué le plus est probablement un Vosne Cros Parantoux 1982 d´Henri Jayer, et encore une fois Noël Pinguet figure dans l´histoire. En début des années 90, j´ai commencé à travailler chez un des meilleurs importateurs du Royaume-Uni, Richards Walford, qui est désormais parti de Berry Bros. & Rudd. Mon chef, Roy Richards, représentait un grand nombre d´excellents petits vignerons en Bourgogne, dont Henri Jayer. Les dîners chez lui étaient des affaires vraiment mémorables. Il avait une cave pleine de trésors qu´il sortait lors des soirées. Ce soir-là, Noël était parmi nous et les grands vins ne manquaient pas, mais c´est le Vosne de Jayer qui m´a impressionné le plus. Il était parfait dans tous les sens. Châteaubriand disait à chacune de ses maîtresses que son dernier rêve serait pour elle, le mien sera pour ce vin-là !

Deux ans plus tard j´étais chez Jayer pour goûter les millésimes 93, qui étaient vraiment extraordinaires. Je lui ai demandé de me prendre comme stagiaire, mais il avait déjà pris sa retraite. En revanche, il m´a offert 3 bouteilles que j´ai gardé dans ma cave pendant des années. En 2002 j´avais besoin d´argent pour payer mes études en œnologie. Même si cela m´a fait mal au cœur, j´ai vendu les 3 bouteilles, ce qui m´a rapporté beaucoup d´argent et m’a permis de finir mes études. Par la suite je lui ai écrit pour lui dire ce que j´avais fait, pour le remercier et pour lui dire que la première bouteille de mon propre vin serait pour lui. J´ai réalisé mon rêve en 2007. Malheureusement Henri est mort un an avant…”

Un Accord met et vin à nous conseiller ? 

” Un Vosne Cros Parantoux 1982 d´Henri Jayer avec une simple oie rôti au four, me transporte aux anges !”

2 commentaires sur “Charlotte Allen, une anglaise passionnée !

  1. Excellent article sur une excellente oenologue que j’ai eu l’occasion de connaître lors du tournage du fim sur cette région “Arribes: le reste est bruit”
    http://vimeo.com/49137785
    du directeur canadien Zev Robinson. Charlotte nous a donné au cours de plusieurs tournages des interviews superbes.
    En ce moment, Zev et moi nous sommes en pleine promotion du documentaire et nous vous invitons à nous joindre le 8 mai à Barcelone.
    https://www.facebook.com/events/258135187690611/

    Merci!

  2. Il y a encore quelque année la France avec un grand F était le paradis du vin. Je constate que de plus de monde se tourne vers les vins espagnol. Conjoncture ou changement dans la consommation du vin. Certes le vin espagnol est bien plus tonique, mais de là à penser que la mode change il n’y a qu’un pas…

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