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Du Cercle de la Rive Droite au Grand Cercle avec Alain Raynaud

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La semaine dernière, c’était la traditionnelle semaine des primeurs à Bordeaux. À cette occasion, le Grand Cercle, une association représentant de nombreux châteaux du bordelais, présentait les primeurs 2013 de ses membres au Palais de la Bourse à Bordeaux. L’opportunité de rencontrer Mr Alain Reynaud, président et créateur de cette association originale au service de la qualité et de l’éthique.

Issu d’une famille de viticulteurs, propriétaire de La Croix de Gay et La Fleur de Gay à Pomerol, Alain Raynaud a, dès son enfance, été préparé au métier de vigneron dans un contexte difficile pour le marché du vin. À l’époque, ses parents l’ont encouragé à faire autre chose, ce qui l’a amené à débuter une carrière de médecin qui a duré au total 28 ans. Mais depuis 1964, date de la première vinification de son père, il n’a jamais raté une vinification ou une vendange. En 1996, il fait son retour dans le monde du vin en s’intéressant à une propriété mais il rencontre des problème de gestion économique. De 1994 à 2000, il est le Président de l’Union des Grands Crus et, suite à cela, en 2001, il devient conseiller pour de nombreuses propriétés bordelaises de renom mais également pour des domaines internationaux. Aujourd’hui, et depuis 2002, il est le créateur et président du Grand Cercle, anciennement Cercle de La Rive Droite, et également le propriétaire du Château du Parc, un domaine de 5ha à Saint-Émilion.

Du Cercle de La Rive Droite au Grand Cercle

À l’initiative d’Alain Raynaud, le Cercle de la Rive Droite a été créé en 2002 avec l’ambition de “redonner ses lettre de noblesse à la Rive Droite”. A cette époque et encore aujourd’hui, pour beaucoup d’amateurs de vins, le vignoble bordelais est assimilé à une image de cherté. Or selon lui, celui-ci est fait de composantes multiples où qualité n’est pas forcement synonyme de cherté. “Tant que la locomotive des grands crus tirait la vignoble bordelais, tout allait bien, explique Mr Raynaud, mais aujourd’hui la locomotive s’est emballée et, pour beaucoup de viticulteurs cela est devenu plus compliqué”. Le Cercle de la Rive Droite s’est alors donné comme mission de montrer qu’il était possible d’acquérir des vins bordelais de qualité à des prix abordables.

Face au succès du Cercle de la Rive Droite, des amis viticulteurs de la Rive Gauche ont fait appel à Mr Raynaud : pourquoi ne pas reprendre la même initiative pour la Rive Gauche ? “C’est rapidement devenu une évidence”, explique Mr Raynaud. En Avril 2013, il a donc décidé de créer le Cercle de la Rive Gauche en gardant la même philosophie : regrouper des bons vins à des prix accessibles. Avec un nombre différent de membres, 140 pour le Cercle de la Rive Droite et 50 pour l’autre, s’expliquant par des tailles de vignobles plus grandes sur la Rive Gauche, les deux associations représentaient alors une production et une surface de vignoble identique, 2.000 hectares environ.

Suite à cela, l’année dernière, Mr Raynaud a décidé de regrouper ces deux associations dans une nouvelle entité appelée le Grand Cercle. Cette initiative est partie d’un constat : “aucune association ne représentait toutes les appellations de Bordeaux”, explique Mr Raynaud, avant de donner l’exemple de l’Union des Grands crus qui ne représente principalement que la Rive Gauche. Le Grand Cercle était né.

Des membres sélectionnés, des valeurs partagées pour un objectif commun

Pour être membre du Grand Cercle, les domaines doivent être cooptés, précise le président. “Une fois qu’ils ont postulé, une commission des Deux Rives étudie leur dossier en examinant aussi bien la qualité de leur vin, par le biais d’un comité de dégustation, que l’humain”, explique Mr Raynaud. Un appel à échantillon sur 3 millésimes consécutifs est alors effectué pour une dégustation à l’aveugle afin de juger apte ou non les demandes. Mr Raynaud tient également à nous préciser que la sélection d’un membre n’est jamais valable à vie. En effet, chaque année, le Grand Jury Européen, composé de 24 dégustateurs de 8 nations différentes, valide le dernier millésime. Cela permet ainsi d’avoir un suivi, une garantie sur le long terme, nous précise Mr Raynaud, et d’ajouter que les résultats peuvent entraîner l’attribution d’un carton jaune à un cru. “Cette étape est importante, explique-t-il, car la qualité ou les actions de chacun peuvent avoir des répercussions sur l’ensemble des membres du Grand Cercle”.

Au-delà de la qualité de leurs vins, les membres du Grand Cercle doivent également partager une éthique, des valeurs communes. Parmi elles, on peut ainsi citer l’innovation, un critère non négligeable pour adhérer à l’association avec notamment la présence d’une commission technique qui aborde des sujets très divers allant de la gestion de l’environnement à la problématique du goût de bouchon, par exemple. Les membres de l’association doivent également participer à la protection et à la préservation de leur environnement, “une nécessité aujourd’hui”. Le Grand Cercle se veut aussi moderne, dans l’ère du temps, avec une commission jeune qui permet d’avoir une vision moderne du marché du vin. Enfin, l’association est marquée par une grande solidarité entre ses membres qui oeuvrent ensemble pour promouvoir les vins de Bordeaux et leur terroir.

Ainsi, tous les membres du Grand Cercle ont un objectif commun : communiquer sur la qualité de leurs crus et valeurs communes, un but plus simple à atteindre en étant regroupé au sein d’une même entité. “Aucun n’a les moyens financiers et économiques pour avoir une communication suffisante. [...] Ensemble on est plus fort, on a un impact plus important, on gagne en visibilité”, explique le président. L’objectif est donc maintenant de faire vivre cette association dans le temps. “Nous voulons devenir un réflexe pour le consommateur, une référence, l’amateur de vin doit être sûr qu’en se procurant les vins de nos membres, il acquière des vins de qualité, à des prix justes, abordables”.

Et le millésime 2013, ça donne quoi ?

Selon Mr Raynaud, “si un millésime comme celui-ci était arrivé il y a 20 ans, on aurait été en grande difficulté, mais avec des conditions météorologiques très difficiles, on est tout de même parvenu à faire des vins dignes d’intérêt en moindre quantité”. Un constat confirmé récemment, d’après lui, à l’occasion de 2 jours de dégustation organisés en compagnie de journalistes viticoles. “En arrivant, ils pensaient découvrir des vins d’une qualité insuffisante, déclare-t-il, mais au final, ils ont été surpris. Il n’y a pas eu d’envolée gustative mais ils ont dégusté des vins légers et aromatiques. C’est une très bonne année pour les blancs avec de très beaux blanc secs et liquoreux, tandis que, pour les rouges, c’est plus compliqué avec de nombreux paramètres à prendre en compte”. Davantage sur la douceur, le vins rouges sont respectables mais devront être consommés plus rapidement.

Enfin, Mr Raynaud tient à préciser qu’il ne faut jamais se fier uniquement à la météo. Il estime que l’année 2013 est une année très paradoxale où il n’y a jamais eu autant d’eau et, autant de soleil, en juillet août. Il ne faut jamais se prononcer avant le 1er assemblage, qui permet vraiment de donner une première idée du millésime. Il vaut mieux donc attendre la traditionnelle semaine des primeurs pour en savoir plus sur le millésime même si, comme nous le précise le président, les vins présentés sont des vins surréalistes qui n’existeront jamais, cette présentation permet juste de donner une tendance.

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