Chroniques sur le vin
0

Chronique publiée le dans #WineTheFuck

Grossesse : « Pour le pinard, on fait comment ? »

JGI/Jamie Grill

Au mois de juin, j’apprends la nouvelle. Krystel, ma femme, attend un p’tit monstre. Après quelques émotions et congratulations, je me pose LA question existentielle : « Pour le pinard, on fait comment ? » En bon couple d’épicuriens qui se respecte, la question mérite toute notre attention. Nous concluons rapidement, ma femme a trois options*.

La politique du ni-ni

Quand on est enceinte, un monde s’écroule. On a plus le droit de se nourrir correctement, et encore moins de consommer d’alcool. Viande saignante, fruits de mer, fromage, vin, certains plaisirs de la vie sont interdits. La première réaction est donc de refuser avec conviction toute proposition vineuse, aussi alléchante soit-elle. « Moi, boire de l’alcool enceinte, t’es MALADE ? Tu veux qu’il ait 3 bras** ou quoi ? » Mais on se rend vite compte des limites de cette technique. À force de voir son mari, ses amis, sa famille se délecter de solutions à base de raisin fermenté, la rupture est proche. Après tout, pourquoi pas un petit gorgeon ? Pas avant d’avoir exploré d’autres pistes.

Raisonnement par l’absurde

Pour servir à quelque chose pendant la grossesse, l’homme s’intéresse. Il fait des recherches pour comprendre sa femme et améliorer son confort. Il se dit sans doute que s’il y parvient, la vie n’en sera que plus douce. Et là, une idée lumineuse lui vient : le vin sans alcool ! L’espoir naissant, il se dirige vers le supermarché du coin et y trouve les flacons recherchés. Le packaging n’inspire pas confiance, mais qu’importe, sa femme pourra enfin partager un apéro avec lui après une journée de boulot. Le problème, c’est que c’est dégueulasse. Ça sent franchement l’urine, et le goût est plus que douteux. La femme refuse gentiment mais sûrement, l’air résigné. L’homme, lui, se dit qu’il est mal tombé (concernant le vin, hein). Un brin borné, il commande sur le net d’autres marques pour tester du blanc, du rouge, des effervescents. La sentence tombe, sans alcool ou désalcoolisé, même combat, c’est vraiment pas terrible et ça sent mauvais. En même temps, il en faut pour tous les gouts. Mais quand même, comment des trucs*** pareils ont pu être mis en marché ? N’ont-ils pas testé leurs produits ? Le mystère reste entier, même si cela n’engage que moi. Ceci dit, les futurs parents ne s’avouent pas vaincus.

Vivre dangereusement

Sans rentrer dans un débat bio/pas bio, le vin est un produit naturellement naturel. En évitant de boire à en perdre la raison, n’y aurait-il pas une petite chance qu’une consommation très raisonnable de vin ne soit pas nocive pour la grossesse ? À en croire les études à ce sujet, aucune ne conclut scientifiquement qu’un ou deux verres par mois n’accentue un quelconque risque pour le bébé. Mais en France, le principe de précaution prévaut toujours. L’espoir renaissant, l’oeil vif, l’homme fait part de sa découverte à la femme. Ensemble, ils se disent que s’ils sont assez fous pour faire un gamin, c’est pas un petit verre de vin très occasionnel qui va tout mettre en carafe. Elle se lance, ce sera un « Chauvigné » du Domaine Richou, en Anjou. Le vin est bon, ils auront beaucoup d’enfants et vivront heureux.

Evidemment, chacun fait ce qu’il veut. Mais à vouloir trop interdire, on finit par s’interdire de penser. Alors peut-être qu’un jour la consommation de vin sera punie par la loi, mais en attendant, ma femme et moi, on va boire un (demi) coup à la santé du p’tit lou.

* Je ne suis ni scientifique, ni médecin. Je ne recommande rien à qui que ce soit, je fais simplement part de ma récente expérience.

** 700 à 2.000 enfants victimes du syndrome de l’alcoolisation foetale (SAF) naissent en France. Ce syndrome peu connu des futures mamans se caractérise par des malformations cranio-faciales, un retard decroissance et des handicaps comportementaux et cognitifs…

*** Je ne donne ici volontairement aucune marque de vin sans alcool ou désalcoolisé pour deux raisons. D’abord car je n’aime pas critiquer le travail de quelqu’un en particulier, et ensuite car il en faut pour tous les goûts. Jugez par vous même !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>