Chroniques sur le vin
1

actualites publiée le dans Découverte

Jean-Louis Triaud, le vigneron-président

Girondins.com

En apprenant le métier au Château Latour et en héritant de la création de son beau-père, le Château Gloria, Jean-Louis Triaud s’est frayé un chemin original qui a dépassé le monde du vin. Rencontre avec un viticulteur-président.

Né dans une famille bordelaise en 1949, Jean-Louis Triaud se marie avec Françoise Martin, en 1974, au cours d’”études médiocres” de droit à Sciences Po. A la fin de son cursus, il travaille chez son beau-père, Henri Martin, pour apprendre la vigne. Ce dernier, issu d’une famille médocaine depuis des générations, a toujours eu une activité en lien avec la viticulture. En pleine période de crise dans le monde du vin, il a eu le merite d’y croire et a peu a peu racheté des parcelles de vignes. Il y avait à l’époque 11 crus classé à Saint-Julien qui occupaient 95% de la surface viticole de l’appellation. Henri Martin a racheté des parcelles à ces crus classés pour créer le Château Gloria à la fin des années 40. Il avait une place importante dans le monde du vin bordelais, allant jusqu’à être président du CIVB. C’est sur ses traces que Jean-Louis Triaud a fait son chemin.

La viticulture l’a immédiatement séduit. Son grand-père ayant déjà une petite propriété “d’agrément”, ses cousins étant négociants, il était déjà “connecté” au vin. Pendant un an, il a fait tous les metiers de la vigne et du chai au Château Latour dont Henri Martin était gérant et actionnaire. C’est comme cela qu’il a appris son métier. “Je me suis intéressé à la viticulture avec l’idée qu’il existait une forme de compétition sportive”, explique-t-il. Avec 11.500 châteaux dans le bordelais, le challenge est excitant, surtout avec une belle propriété à Saint-Julien, même si “c’est plus facile”.

Quand Jean-Louis Triaud a commencé, le Château Gloria représentait 45 hectares de vignes. Dans les années 70 et 80, beaucoup de domaines se sont vendues avec des prix extrêmement faibles. “J’aurais pu faire plus de coups : Margaux s’est vendu au prix d’un cru bourgeois en 1978, on ne reverra plus jamais ça”, estime-t-il. C’est à cette période qu’il a fait quelques “coups”. En agrandissant Gloria (45h+5h), en reconstituant le Château Saint-Pierre (Grand Cru Classé, 17h), et en rachetant le cru bourgeois Bel-Air (37h), Jean-Louis Triaud a étendu les Vignobles Henri-Martin sur plus de 100 hectares. Pourquoi ? Pour tenter d’ “être au top de l’appellation, gagner en performance : tant qu’il y en a un devant nous, il faut essayer d’aller le chercher, même si c’est impossible !” Comme un besoin de challenge qui l’anime. C’est certainement pour cela qu’il est également président des Girondins de Bordeaux, club historique du football français, et aussi un peu à cause d’un “concours de circonstances”, selon lui.

“Le métier de viticulteur est passionnant, mais on n’obtient qu’une récolte par an”, alors le reste du temps, “il faut s’occuper”, s’amuse-t-il. Quand on a la chance de faire partie des “250 châteaux privilégiés” du bordelais avec ”un vignoble suffisamment reconnu et des cadres performants, on a le temps de faire autre chose”. Ainsi, Jean-Louis Triaud préside bénévolement un grand club de football de Ligue 1 lorsqu’il n’est pas dans le Médoc ! A la tête des Girondins de Bordeaux depuis 1996, il fait partie des présidents qui durent dans le monde éphémère du foot, avec notamment deux victoires en championnat de France (1999 et 2009).

Rien d’incompatible avec son métier premier, mais rien de comparable non plus. “On essaie toujours de faire des parallèles entre le foot et le vin, mais il n’y en a pas !”, s’agace-t-il. Il arrive toutefois à passer tous les jours à la propriété pour “s’intéresser au quotidien du vignoble”.

La clé de sa réussite vinicole ? Un grand terroir, un grand soin, un équipe compétente, et surtout, tout mettre en oeuvre pour déterminer les dates des vendanges de manière optimum. Pour y parvenir Jean-Louis Triaud et son staff misent sur la manière scientifique, même si cela a un coût. Ainsi, plusieurs moyens sont mis en place : tests scientifiques pour mesurer la maturité des tanins et la qualité des polyphénols (méthode Glorie), photo satellite pour déterminer la maturité de chaque parcelle, analyse spectrométriques des raisins, etc. Tout ceci abouti à un ramassage parcellaire très rapide, 8 à 9 jours de travail, pour éviter que le seuil optimum des indicateurs de qualité ne retombe.

Ce qui le fascine est la “prise directe [qu'il a] au niveau d’une production : on suit l’évolution du vignoble au quotidien, avec des craintes, inquiétudes jusqu’au moment des vendanges”. L’idée est de respecter l’appellation car le terroir a déjà son caractère. Selon le viticulteur-président, “90% de la personnalité des vins viennent du terroir et 10% des hommes” lorsque l’on est sur une grande appellation. Mais Jean-Louis Triaud préfère ne pas parler des hommes, il estime que “le travail du viticulteur est de respecter l’expression naturelle du terroir”, “surtout à Saint-Julien”. Il pense même que la personnalité du viticulteur ne se voit qu’au travers de l’assemblage. Deux mois par an, son équipe, ses enfants et lui-même préparent les échantillons pour faire les assemblages de tous les vins des Vignobles Henri-Martin.

À bientôt 63 ans, Jean-Louis Triaud n’estime pas qu’être président des Girondins de Bordeaux ou à la tête des Vignobles Henri-Martin soit le témoin de sa réussite. Ce qui l’anime et le rend fier, c’est quand quelqu’un, un amateur ou un professionnel, adresse des commentaires flatteurs à l’un de ses vins.

Un commentaire sur “Jean-Louis Triaud, le vigneron-président

  1. Bonjour, je suis en possession de deux bouteilles de vin ” Collector ” , représentant sur l étiquette l équipe des Girondins de Bordeaux lorsqu ils ont été Champions de France en 83 – 84. Aimant le football, mais n étant pas collectionneur, je voudrai m en séparer. Je suis domicilié dans la région parisienne et je me tiens à votre disposition. Merci de me répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>