Chroniques sur le vin
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Chronique publiée le dans Wine & Prejudice

Kit de survie du french stereotype

© france.com

À ce qu’il paraît, selon la plupart des étrangers en visite dans notre beau pays, nous, français, sommes tous (oui, tous !) des experts du monde vinicole et de ses subtilités. Un cliché persistant qui nous poursuit au cours de nos périples, ou avec nos amis de tous horizons. Nous sommes devenus celui que tous les regards fixent lorsque l’on sort une bouteille de Bordeaux sur la table, celui à qui l’on dit « Comment ? Tu es français et tu ne connais pas CE vin ? », celui qui porte constamment le lourd fardeau du choix du vin lors d’un dîner, LA référence vinique.

Alors plutôt que de passer une grande partie de votre temps à vous justifier constamment en expliquant que non, tous les français ne connaissent pas personnellement chaque vigneron et que l’œnologie n’est pas notre fort à tous, pourquoi ne pas adopter une stratégie différente ? Puisque les stéréotypes ont malheureusement la peau dure, gagnez du temps et de l’énergie en évitant tout débat stérile en étant à la hauteur de votre cliché grâce à ce kit de survie en trois points cruciaux :

1. Ne jamais sous-estimer son audience

wine snob

On dit qu’il y a un fond de vérité dans chaque cliché, et les français sont particulièrement réputés pour être prétentieux. Dans ce cas de figure, oubliez votre ego et concentrez-vous sur les connaissances de votre interlocuteur, écoutez-le attentivement.

Deux cas de figure s’offrent alors à vous :

  • La pression du connaisseur. Alerte ! Vous êtes face à un véritable féru de vins capable de reconnaître des arômes de prunes ‘Quetsche Stanley’ et de cracher avec précision et délicatesse. Restez en retrait, laissez-le s’exprimer et rebondissez sur ses critiques. La technique est simple : potassez bien vos synonymes et plagiez-le discrètement. S’il parle d’arômes de citron, vous sentirez des notes d’agrumes, un vin élégant pour lui sera racé pour vous et s’il le trouve délicat, vous le trouverez subtil. Avec un grand sourire ça devrait passer.
  • Le combat des bras cassés. Clairement, il est aussi perdu que vous. Surtout, n’essayez pas d’en faire trop, car il pourra toujours vous décrédibiliser plus tard après avoir potassé son atlas du vin. Restez dans la simplicité et si vous devez choisir un vin, adoptez la plus ancienne technique de tous les temps : le prix moyen (trop bas, vous ne vous y connaissez pas assez pour justifier ce choix audacieux et trop haut, si l’opération s’avère être un échec, ce sera plus difficile à assumer). Et si vous vous sentez au top de votre forme, vous pouvez toujours arguer que vous avez entendu parler de « ce vigneron qui bosse bien (pour le côté « je maîtrise le domaine à la cool ») et révèle parfaitement toute la complexité de son terroir ».

2. Le bluff de la dégustation

pipotron

Si cette étape apparaît comme la plus difficile, souvenez-vous bien que la dégustation est subjective et que chaque palais est unique (argument crucial à sortir en cas d’attaque furtive). L’important ici est de n’utiliser que des termes vagues pouvant s’adapter à tous types de vins ou des généralités qui ne pourront être réfutées. Par exemple, il y aura toujours un petit fond de fruits rouges dans un vin rouge ou d’agrumes dans un blanc. Vous pouvez également placer, au milieu de la conversation, quelques termes tels que « élégant », « racé », « subtil », ou « séduisant », surtout si le viticulteur est dans les environs. Et si vous avez eu la chance d’étudier la contre-étiquette, énoncer un ou deux cépages sera du plus bel effet.

Astuce : télécharger l’appli mobile Pipotron qui vous procurera une note de dégustation lambda convenant à n’importe quel vin.

3. Etre sûr de vous (ou en avoir l’air)

Votre assurance sera essentielle pour mener à bien votre mission. En effet, dites avec aplomb, même vos erreurs passeront inaperçues, tandis que des propos fondés pourront être discutés si vous avez un air interrogatif. Et surtout, SURTOUT, soyez de mauvaise foi. On ne le répètera jamais assez, le vin est créateur d’émotions et est par conséquent subjectif. Alors même acculé devant un vin vert et des larmes de douleur coulant le long de vos joues, n’admettez pas votre mauvais choix. Au contraire, maintenez fermement votre attachement à ce producteur et à ce vin en particulier, car si vous insistez assez, vous sèmerez le doute dans l’esprit de votre interlocuteur. Une technique efficace, certes, mais qui nécessite de mettre sa dignité de côté. Sinon, pour ceux qui aiment vivre simplement et conserver leur honneur, vous pouvez aussi consulter un caviste. Une valeur sûre, rapide, sympa et intéressante. Parce qu’en plus de vous conseiller, il vous délivrera le speech parfait à transmettre à vos amis. Petit scarabée, vous ne subissez plus le cliché, vous ÊTES le cliché.

2 commentaires sur “Kit de survie du french stereotype

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