Chroniques sur le vin
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Rencontre avec le “Bad Boy” du vin : Jean-Luc Thunevin

Bad Boy

Personnage incontournable de Saint-Émilion, rien ne destinait, à l’origine, Jean-Luc Thunevin à une telle carrière. Aimé et/ou jalousé, il a su se faire une belle place dans le monde du vin,  grâce notamment à son “vin de garage” Valandraud. Voici l’histoire du “Bad Boy” du vin.

Né en Algérie, Jean-Luc Thunevin n’avait que le nom en rapport avec le vin. Ses parents possédaient une ferme agricole et lui, âgé de 15-16 ans, entrait à l’École des bucherons. Quelques années plus tard, changement d’orientation, il devient démarcheur commercial au Crédit Agricole mais n’y reste pas car cette voie ne lui offre aucune perspective d’évolution.

Dans les années 80, au hasard, et avec son épouse Murielle, il fait son entrée à Saint-Émilion, ville dont il perçoit immédiatement le potentiel étant donné le nombre de touristes qui y affluent. Comme il le dit lui-même, “là où il y a du touriste, on peut toujours vendre quelque chose !”. En 1984, avec un budget de 100.000 francs, il crée un dépôt vente où l’on trouve de tout : cartes postales, macarons, lunettes, bijoux fluos et même du thé ! Avec un employé, l’entreprise survit difficilement pendant 1 an. Heureusement, sa femme, aide soignante à l’époque, parvient à subvenir aux dépenses du ménage. Dans son magasin, il commence alors à vendre un peu de vin et à réaliser un de ses rêves : cotoyer le monde du vin.

C’est ce qui va finir par arriver quelques temps plus tard en créant un bar à vin à Saint-Émilion. Au bout de quelques jours, le bar devient l’endroit à la mode à Saint-Émilion. Avec le succès qui s’en suit, il parvient même à rembourser son investissement dès la première année. L’homme se spécialise alors dans le vin et commence à réaliser de nombreux achats. Continuant sur sa lancée, il crée une dizaine de boutiques de vin et trois restaurants à Saint-Émilion durant la période de 1984 à 1988. En 1988, il devient négociant et fait donc son entrée dans le domaine du commerce en gros. Et ce n’est que le début … !

En 89, il achète avec son épouse 0,6 hectares de vigne qui deviendront deux ans plus tard le célèbre Valandraud dont le premier millésime sort à 1.280 bouteilles. Avec  ce vin, Jean-Luc Thunevin crée la polémique en développant le concept de “vin de garage”, déjà existant aux États-Unis. Il s’agit de micro-cuvées de luxe produites dans des lieux autres que les chateaux, à partir des meilleures parcelles, et où “tout est fait à la main”. Très vite, Valandraud connaît un grand succès face aux châteaux bordelais un peu “endormis” et fait de plus en plus de “jaloux”. L’origine de nom “vin de garage” est disputée entre Robert Parker, le premier à avoir publié celui-ci, un anglais, et Bettane. Même, une “collègue” à lui, lui avouera 20 ans après que l’idée venait peut-être d’elle et aurait inspiré Robert Parker. Au départ, ce nom était plutôt moqueur, mais il s’est avéré plus que porteur. La perception de ce nom dépend aussi de la culture dans laquelle nous sommes comme nous l’explique Jean-Luc Thunevin. En France, il est plutôt péjoratif tandis qu’aux États-Unis, il est positif et évoque les grandes multinationales américaines qui ont débutées dans des garages, comme Google, ou Facebook dans une chambre d’étudiant. Au Japon, “Vin de garage” a été remplacé par “Vin de compte de fée” étant donné l’histoire “romanesque” de Jean-Luc Thunevin.

Aujourd’hui, la notoriété de Valandraud n’est plus à faire, tout comme celle de Jean-Luc Thunevin. Celui-ci possède 10 hectares de vignes et une entreprise à Bordeaux,  d’une cinquantaine de salariés, réalisant entre 10 et 15 millions de chiffres d’affaire. Malgré cette réussite, impossible pour lui et son équipe de vendre son Château Compassant aux alentours de 6€. Surnommé “le Bad Boy de Saint-Emilion” par Robert Parker, un employé de JLT lui souffle une idée : créer une cuvée Bad Boy avec le Château Compassant. Immédiatement séduit par le projet, la première cuvée Bad Boy voit le jour en 2005 et est un succés. La bouteille regroupe d’ailleurs tous les codes qui représentent le personnage : un garage, un mouton noir, et le nom Bad Boy. Produit à 60.000 bouteilles et vendu à 15 euros, le vin a vu récemment sa famille s’agrandir avec le lancement de Bad Girl (un crémant produit à 20.000 bouteilles et vendu à 15 euros) et Baby Bad Boy (un vin de France produit à 40 000 bouteilles et vendu 10 euros). La gamme devrait même bientôt faire son apparition en version américaine : “Mauvais garçon”, “Coquine”, et “Petit frère” !

Enfin pour finir, nous avons profité de notre rencontre avec Jean-Luc Thunevin pour lui demander ce qu’il pensait de l’augmentation du prix du millésime 2010. Comme beaucoup, il l’estime très bon mais pas au niveau du 2009, ou plutôt différent, “pas mieux en tout cas !”. Selon lui , l’augmentation des prix n’est absolument pas justifiée.


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